Négatif

Pourquoi on se focalise plus facilement sur le négatif (+ solutions)

Et si, avec une réflexion très simple, nous étions à même de mieux nous comprendre lorsque nous sommes en proie au stress de l’appréhension ?

Une réflexion qui nous aiderait à trouver des réponses plus douces et plus efficaces à ces moments difficiles de craintes et d’anticipations.

Une manière de décrypter nos comportements liés à l’inquiétude, à cette faculté curieuse de l’être humain de se faire des sangs d’encre, et de tisser avec un fil de logique tous ces moments que nous vivons, ballotés par des émotions pesantes.

En fait, avec ce recul que nous allons prendre, nous allons comme « désarmer » tout un bras de nos journées difficiles et nous permettre de trouver la sortie de ces labyrinthes émotionnels.

Et le chemin que nous allons emprunter pour ça est aussi surprenant de prime abord que logique après coup : nous allons prendre du recul sur la flèche du temps !

Pour bien comprendre…

Avant de foncer sur notre curseur et de dézoomer la frise temporelle de l’être humain, faisons un rapide tour d’horizon de cette tendance à nous focaliser plus facilement sur le négatif.

L’être humain se fait des sangs d’encre, et ce depuis toujours.

Et toutes ces choses auxquelles on pense, toutes ces choses qu’on imagine, qu’on anticipe, elles n’ont lieu que dans notre tête. Elles n’ont aucune réalité puisque ce sont des anticipations, des estimations de ce qui pourrait se passer.

Et pourtant, ELLES AFFECTENT ÉNORMÉMENT NOTRE CORPS ici et maintenant.

Comme on le voit dans l’article « Pourquoi la respiration est le premier réflexe anti-stress » ou encore dans mon atelier sur le stress et le sommeil, le stress est une réponse à un changement dans notre environnement, et plus précisément, à un changement qui nous demande de réagir.

Quelque chose nous arrive dessus, et la réaction de stress nous permet de l’éviter.

Tu croises un serpent en te promenant dans la forêt, la réaction de stress te permet de te sauver rapidement.

C’est un mécanisme enclenché par le corps et qui te permet de configurer tout ton organisme en une fraction de seconde pour gérer le danger.

En voyant ce serpent, tu vas par exemple faire descendre un maximum de sang dans tes jambes pour courir comme rarement tu as couru. Ton cœur va se mettre à battre très vite pour soutenir cet effort que tu n’as même pas encore initié (comme un préchauffage ou le starter d’une vieille voiture).

Bref, ton corps va enclencher des réactions complètement bluffantes en très (très) peu de temps par le biais du stress.

Et là où ça devient problématique, c’est qu’en fait tu n’as pas forcément besoin du serpent pour générer tout ça.

Une brise qui fait bouger les feuilles jonchant le sol et qui te fait croire qu’il y a un serpent suffit !

Donc, entre guillemets, IL TE SUFFIT D’IMAGINER

En fait, l’homme est le seul être vivant que l’on peut placer dans une pièce où rien ne va changer, et qui peut, par la pensée, générer une réaction de stress incroyable, jusqu’à la crise de panique !

Absolument rien n’a changé dans son environnement et pourtant, on peut aller jusqu’à constater un ralentissement incroyable de son métabolisme ou encore la sécrétion d’endorphines pour que sa mort (qu’il croit alors inévitable) lui soit la moins douloureuse possible.

Sans compter une diminution drastique de ses capacités cognitives ! Adieu la logique et la rationalité dans des cas pareils !

Au passage, ce n’est pas étonnant de ce fait qu’on se sente bloqués lorsque nous sommes très stressés (c’est une chose dont on détaille le mécanisme dans mon atelier sur le stress et le sommeil).

Donc pour résumer :

  1. Le stress pilote notre corps à la vitesse de l’éclair pour nous permettre de slalomer entre les dangers.
  2. Il est nécessaire et surtout, il est inévitable.
  3. Et enfin, nous l’avons vu, nous n’avons pas besoin de faire face à un danger pour le déclencher, mais seulement d’en avoir l’impression.

Et c’est de cela que nous allons maintenant parler.

Sénèque disait à juste titre : « l’homme souffre plus de l’imagination que de la réalité ». Mais pourquoi au juste ? A quoi cela nous sert ?

Ces réactions, avec l’afflux sanguin dans les jambes, le cœur qui s’emballe, et toutes les autres que nous n’avons pas citées comme les décharges de cortisol (que l’on appelle vulgairement l’hormone du stress), elles sont érosives.

Elles nous permettent la survie face au danger, mais à terme, elles nous empoisonnent.

Et constater que bon nombre de départs ne sont pas dus à de véritables menaces mais à des anticipations plus ou moins rationnelles de menaces potentielles nous amène à minima à vouloir en savoir davantage. A vouloir comprendre et pourquoi pas, se prémunir.

Comme disait Mark Twain : « je suis un vieil homme et j’ai connu beaucoup de problèmes, mais la plupart ne sont jamais arrivés ». Voyons ça de plus près !

Nés pour stresser…

Partons à la rencontre de nos origines et commençons ici, avec deux questions très simples : qui sommes-nous et où sommes-nous ?

Nous sommes des êtres humains, une espèce de la famille des hominidés et plus précisément les derniers représentant du genre « Homo » : les Homo Sapiens Sapiens.

Et nous ne sommes plus tous jeunes ! Les plus anciennes traces de notre espèce retrouvées à ce jour datent d’il y a 300 000 ans.

Quant à « où » : nous sommes sur la Terre, une planète peuplée d’une foule incroyable de formes de vie plus ou moins hostiles les unes envers les autres, ce qui nous impose donc depuis toujours de rester sur le qui-vive.

Et à cette diversité d’espèces s’ajoute une diversité d’environnements. Notre expansion nous a mené jusque dans ses moindres recoins et nous a demandé quelques adaptations selon les lieux.

Il a par exemple fallu que les populations installées vers les pôles éclaircissent leur peau pour mieux synthétiser la vitamine D.

A l’inverse, il a fallu que les populations installées vers l’équateur foncent la leur pour se protéger des UV.

Et tout ça s’est fait sur des dizaines de milliers d’années. L’espèce a pu « passer commande » d’une foule de modifications pour s’adapter à son environnement, mais il a fallu attendre 40, 50, parfois 60 000 ans !

Un rythme complètement déconnecté de notre échelle individuelle, c’est évident, mais également de notre échelle civilisationnelle.

Regarde sur cette frise du temps où se situe les grands débuts de notre monde moderne.

A l’échelle de notre espèce, le monde civilisé tel que nous le connaissons est arrivé IL Y A UNE FRACTION DE SECONDE !

S’il nous faut des dizaines de milliers d’années pour opérer des changements et mieux nous adapter à des modifications de notre environnement, il faut bien comprendre que nous ne sommes pas encore adaptés du tout à notre vie moderne. Nous sommes encore accordés à la vie sur Terre il y a 10 000 ou peut-être 20 000 ans. Soit une époque où l’unique priorité était de SURVIVRE.

Et c’est ici même que réside notre faculté à anticiper avec pessimisme, à nous focaliser sur tout ce qui ne va pas et à élaborer les pires scénarios. Nous sommes des machines à éviter le danger, notre châssis est celui d’un homme qui cherche la sécurité comme on cherche l’ombre en pleine canicule

Tout notre câblage neurologique, la façon dont sont pilotés nos mécanismes et dont notre organisme interagit avec son environnement, tout cela appartient à un homme dont les deux préoccupations au réveil sont de manger, et de ne pas de faire manger.

Et c’est pareil pour notre psychologie et la façon dont notre cerveau articule sa pensée, tri, classe et range ses expériences et ses souvenirs.

Comme j’aime le dire : nous sommes dans les baskets d’un individu qui fera tout pour éviter les dangers et qui n’aura que faire du positif. Le chant des oiseaux, c’est magique sur un banc au printemps, mais ça n’aide pas à éviter le danger.

Imagine-toi il y a 20 000 ans, en pleine balade, forcé(e) de t’abriter à cause d’une vilaine tempête. N’était-il pas plus sûr de faire trois fois le tour de la grotte dans laquelle tu venais de trouver refuge plutôt que de flasher sur la belle couleur des pierres et de te faire dévorer par une bêbête bien planquée ?

L’Homme, dans sa nature profonde, est pessimiste

La voilà notre explication ! On se focalise plus facilement sur le négatif car C’EST DANS NOTRE NATURE.

Tout parait évident une fois le contexte bien défini : l’homme, dans sa nature profonde, est négatif, et heureusement ! Sinon nous ne serions tout simplement pas là pour y réfléchir.

Il ne fallait voir que par le danger pour tenir 300 000 ans de challenge permanent et arriver jusqu’ici.

Maintenant, la vie moderne nous a débarrassé de la majeure partie de ces menaces qui ont suscité la mise en place de tous ces comportements de crainte et d’appréhension. Nous n’allons plus risquer de nous faire dévorer en sortant de chez nous.

Mais ça, nous n’y serons pas adaptés tout de suite. Il faut donc mettre de côté l’idée d’arriver machinalement à se focaliser sur le positif : être heureux, c’est tout nouveau comme priorité pour l’être humain. Il ne sera pas adapté pour ça avant un bon moment.

Pessimiste… et de mauvaise foi ?!

Retournons dans notre grotte il y a 20 000 ans.

Le vent se calme, les giboulées cessent, tu peux désormais reprendre la route tranquillement.

Tu rentres dans une forêt et après quelques centaines de mètres, ton chemin se divise en deux sentiers.

Si en prenant à gauche, tu traverses une jolie clairière ensoleillée dans laquelle tu peux entendre les oiseaux changer et voir au loin des renardeaux en train de jouer, tu as bien moins de chance d’ancrer l’instant que si, en prenant à droite, tu traverses un sentier escarpé et sacrément glissant qui t’as vu à un rien de terminer dans un ravin.

Là, non seulement tu vas profondément ancrer le souvenir de cette expérience, mais tu vas même le déformer ! Ton cerveau va noircir le tableau et amplifier le danger auquel tu viens de t’exposer pour être sûr(e) de ne pas t’y exposer à nouveau.

Si, comme nous l’avons vu plus haut, ton organisme répond au danger en un clin d’œil pour te permettre d’y faire face, ta psychologie elle aussi est orientée « évitement des menaces », et nous venons tout juste de voir comment elle procède.

En fait, il faut voir le cerveau comme un rabat-joie hypocondriaque et pessimiste dont la façon de traiter les données va être impactée par une crainte permanente. C’est une des caractéristiques de son filtre par lequel toutes les informations passent.

Notre survie jusqu’à aujourd’hui est due à un fonctionnement survivaliste très basique : détecter le négatif, l’amplifier pour l’éviter à l’avenir, manger, dormir, et re-belotte.

Et ce que nous venons de voir, la façon dont notre cerveau tri, classe et range nos souvenirs, est derrière ce que Daniel Kahneman appelle l’énigme de l’expérience et de la mémoire.

Elle démontre que notre intégration des évènements ne se fait pas de façon neutre mais au contraire, qu’elle est altérée par les pics émotionnels et la « couleur » de la fin de l’expérience elle-même.

Et pour bien comprendre tout cela, la meilleure explication est en fait une anecdote racontée par Kahneman lui-même.

A la fin d’une de ses conférences sur le sujet, un participant est venu lui fait part de son expérience personnelle en lui disant qu’il avait vécu ce phénomène étrange très récemment.

Il s’agissait d’un vieil homme, fan de musique classique et d’un compositeur en particulier dont une des œuvres venait tout juste d’être retrouvée au fond d’un tiroir.

Une chance extraordinaire donc pour les amateurs comme lui, qui avaient l’opportunité de découvrir une œuvre inédite au compte d’un artiste qu’ils connaissaient par chœur.

Notre passionné n’y est pas allé par quatre chemins : « 20 minutes de pur bonheur ! ». Il était encore ému en décrivant son expérience, la musique, la signature artistique de son compositeur favori qu’il avait très bien reconnu…

Oui mais voilà, le vinyle fut mal pressé et à la toute fin de l’œuvre, l’écoute s’est terminée par un sifflement strident de 3 bonnes secondes. « Ça a tout gâché… », rapporta le vieil homme, le regard plein de déception.

Tu l’as ? 20 minutes de pur bonheur d’un côté, 3 secondes désagréable, et le souvenir de ce bonhomme se retrouve froidement rangé dans la colonne des souvenirs négatifs de sa vie !

Voilà le cerveau humain en plein délit de mauvaise foi ! On ne peut pas mieux mettre en évidence ce manque de neutralité dans le traitement de nos souvenirs.

La fin d’une expérience est incroyablement déterminante dans le rangement de la mémoire. Comme si les derniers instants étaient une matière avec un coefficient très élevé, et que tu avais beau avoir d’excellentes notes partout ailleurs, si tu la loupais, c’était quasiment cuit d’avance.

Encore une fois, l’homme d’il y a 20 000 ans n’avait pas pour but d’être heureux mais de survivre. Et on le voit, cette dynamique survivaliste est encore facilement perceptible aujourd’hui.

Un autre exemple ? Regarde les ruptures amoureuses qui interviennent après plusieurs années voire plusieurs dizaines d’années d’une vie heureuse et amoureuse. Où vient se ranger cette relation la plupart du temps après une rupture ?

Être moins négatif, par où commencer ?

Pour se défaire durablement de cette tendance à se focaliser sur le négatif, il faut donc comprendre notre nature. Il faut garder tout ce que nous venons de voir en tête et déjouer tranquillement les biais et les pièges de nos tendances naturelles.

Nous percevons le monde à travers un filtre qui n’est plus adapté à notre vie moderne et qui nous active très vite en mode ninja alors que nous n’avons clairement plus besoin d’y être.

Les réactions que nous déclenchons aujourd’hui face à un supérieur qui hausse le ton sont de même nature que celles qui nous faisaient détaler face à un ours mal léché il y a 20 000 ans.

Et autant à cette époque nous ne faisions pas ce type de rencontre tous les jours, autant notre vie quotidienne nous impose désormais des challenges intellectuels éprouvants plusieurs fois par jour.

La solution donc ? Agir en conséquence. Solliciter notre maturité et notre réflexion pour décoder nos réactions profondes, et nous raisonner pour éteindre l’incendie avant qu’il ne se déclare pleinement.

PARCE QUE NOUS NE CHANGERONT PAS NOS RÉACTIONS PRIMAIRES. Personne ne peut rester stoïque alors qu’un pétard explose dans son dos. De même, personne peut ne jamais s’en faire pour quelque chose. La crainte et l’appréhension font partie de l’être humain.

Mais nous pouvons calmer la situation rapidement, ne pas laisser le feu se propager inutilement.

Comme je le dis souvent : « ce n’est pas à notre primaire d’évoluer mais à notre évolué de faire son travail ».

Un peu de pratique

Tout d’abord, qu’importe l’outil, il sera nécessaire de ralentir, de faire pause, de s’observer, de se poser des questions.

Ensuite, il y a plusieurs solutions très chouettes :

  • L’écriture est un vrai couteau-suisse de l’éveil personnel. Elle peut nous servir à ancrer le positif comme à capturer le négatif. Elle nous permet par exemple de mettre un terme à des schémas de rumination (dans mon article « le grand guide de l’écriture », je détail les principaux bienfaits et les mécanismes avec lesquelles ils opèrent
  • La méditation, seul(e) ou guidée, peut nous permettre d’apporter beaucoup de perspective à notre réflexion et parfois faire retomber la pression comme un soufflé. Tu peux t’y essayer avec moi et ma compagne Gwen sur Flow Life, notre plateforme de yoga en ligne.
  • Le Yoga Nidra est une excellente alternative à la méditation traditionnelle. Cette pratique méditative (attention, le mot yoga porte à confusion : il n’y a pas de mouvement dans cette pratique, tu restes allongé tout le long de la séance et tu es guidé(e) par un professeur vers des visualisations très agréables et aux effets complètement bluffants (j’y ai consacré un article complet disponible en téléchargement sur la plateforme Flow Life.
  • Le Yoga, en tant que pratique au quotidien, permet de ralentir le flot des pensées, de créer des temps calmes et de déconnecter notre mental de certaines préoccupations parfois très insistantes. Tu peux venir pratiquer avec moi ici.
  • La philosophie est une excellente solution bien trop sous-estimée. Certains courants comme le stoïcisme ou encore le zen sont extrêmement actuels malgré leur grand âge, et nous propose une philosophie de l’action. Il est question d’agir plutôt que de débattre, ce sont d’excellents guides pragmatiques pour dissocier les faits sur lesquels nous avons une véritable action possible, et ceux pour lesquels nous ne pouvons rien faire. C’est ce qu’on appelle la dichotomie du contrôle et c’est en soi une des meilleures réponses à cette tendance au pessimisme. Je te conseille de lire Le Manuel d’Epictète et Pensées pour moi-même de Marc Aurèle pour la découvrir très facilement et rapidement.